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Sacrés objets

Du respect, SVP!

ÉCRIT PAR : Le poteau
PUBLIÉ LE : 13 novembre 2017

Je suis partout au Québec, de Gaspé à Gatineau, en ville comme à la campagne. Tous les jours, vous me croisez, mais vous ne me voyez plus. Je fais littéralement partie du décor. Et pour que vous remarquiez ma présence, il faut que vous me rentriez dedans ou qu’il se produise un événement extraordinaire, comme au début de l’année 1998.

Je suis un poteau. Et fier de l’être.

La plupart des Québécois aiment me détester. Je suis au milieu de leur chemin, je dénature le paysage, je vieillis mal. Mais ce qu’ils ne réalisent pas, c’est que sans moi, ils n’auraient ni électricité, ni téléphone, ni Internet. Rappelez-vous le grand verglas de 1998. Beaucoup de mes cousins sont tombés durant cette période, dans ce qu’on appelait le « triangle de glace », emportés par le poids de la glace. Il a fallu plus de six semaines à certains endroits pour rétablir l’électricité dans les foyers. Je peux vous assurer que les Québécois ont pu voir ce que c’était, la vie sans moi.

On aura beau dire que je suis laid ou encombrant, c’est encore moi qui propose la meilleure option pour faire entrer tous les foyers du Québec dans le XXIe siècle. Pensez-vous sérieusement qu’on pourrait enterrer les fils électriques jusqu’à Fermont ou Chibougamau?

Honnêtement, je suis un peu tanné qu’on me dénigre constamment, après tous les services que j’ai rendus aux Québécois depuis tout ce temps. D’accord, je ne suis pas le mobilier urbain le plus sexy ou le plus original, mais je suis toujours là, droit comme un « i », prêt à rendre service. Franchement, les Québécois sont vraiment ingrats. Ils se servent même de moi comme d’un symbole de mauvais goût, quand ils veulent décrire un mauvais sirop d’érable (« du sirop de poteau », vraiment?).

Peu importe qu’on m’aime ou pas, je suis et je resterai encore longtemps une référence pour les Québécois. Grâce à moi, on peut deviner de quel coin du Québec vous venez, selon que vous m’appelez pâteau (Québec) ou pôteau (Montréal).

Heureusement, il y en a quand même quelques-uns qui me respectent. Félix Leclerc, oui, oui, le grand Félix, a écrit une chanson sur moi, dans son album Le tour de l’île. Il me compare aux gondoles de Venise et aux monuments de Paris, imaginez…

Venise a ses gondoles
Miami, ses palmiers

La France, ses monuments
Les Tziganes, leur musique

Et moi, qu’est-ce que j’ai
Peuple jeune dynamique

Que voit donc l’étranger
Quand il arrive ici?

Nous autres, c’est les poteaux
Poteaux de téléphone…

Et il y a aussi ce jeune gardien de but de l’équipe de Montréal… Patrick Roy. Lui, il me parlait tout le temps. Je ne vous raconterai pas tout ce qu’il m’a dit, mais je peux vous dire qu’il me respectait, lui. Et je le lui ai bien rendu. Grâce à moi, il a gagné quatre Coupes Stanley dans sa carrière. Vous voyez bien… Quand on me respecte et qu’on me traite bien, je peux aussi me montrer généreux.

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