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Sacrés objets

La roue réinventée (ou presque)

ÉCRIT PAR : La roue
PUBLIÉ LE : 16 octobre 2017

Je suis une roue. Mais pas n’importe quelle roue. Je suis unique en mon genre. Mes concepteurs, des Québécois, ont cru, en me créant, qu’ils « réinventaient la roue ». Rien de moins. À l’époque, j’étais leur bébé, mais j’étais aussi la fierté du Québec. Peu de temps après, je suis devenu un enjeu politique. Puis, je suis devenu une gêne, presque une honte. On m’a vendue, presque en cachette. Aujourd’hui, je suis le souvenir d’un rendez-vous manqué entre le Québec et l’innovation technologique.

Je suis le moteur-roue. Laissez-moi vous raconter mon histoire.

La légende veut que mon inventeur, Pierre Couture, physicien à l’emploi d’Hydro-Québec, ait eu l’idée de me créer alors qu’il était à New York, dans un taxi, pris dans un bouchon de circulation. Voyant toutes les voitures constamment à l’arrêt, il s’est demandé s’il ne pourrait pas être possible d’exploiter toute cette énergie gaspillée au freinage. Il a alors pensé à une automobile électrique dont les batteries se rechargeraient en utilisant, entre autres, l’énergie déployée au freinage. Le concept était révolutionnaire, pour l’époque. Nous étions au beau milieu des années 80.

Il a fallu encore une bonne dizaine d’années avant que cette idée ne devienne un projet et que Pierre Couture se voit attribuer un laboratoire par Hydro-Québec pour développer le concept du moteur-roue. L’idée était séduisante : une voiture qui disposerait non pas d’un moteur central, mais de quatre moteurs situés sur chacune des roues et qui utiliseraient l’énergie électrique et se rechargeraient constamment. Les essais vont si bien que je vis des heures de gloire intenses. Tout le monde parle de moi. Je deviens même l’un des symboles de l’innovation québécoise et les libéraux de Daniel Johnson se servent de moi pour mettre de l’avant leur programme électoral et démontrer leur vision progressiste du Québec. Selon eux, grâce à moi, le Québec deviendra LA référence mondiale en matière d’automobile électrique.

À la fin du mois d’août 1994, je suis officiellement dévoilée au public. Et la démonstration est plus que concluante. Grâce à moi, le Québec est probablement à ce moment-là à l’avant-garde de tout ce qui se fait dans le monde en matière de voiture électrique.

De 1994 à 1995, les innovations se poursuivent et en 1995, coup de théâtre! Le président d’Hydro-Québec, Armand Couture (aucun lien de famille avec Pierre), se dit hésitant à poursuivre le projet. C’est une scène absurde qui se déroule sous mes yeux et qui est captée par les caméras de Radio-Canada. Pierre, mon concepteur, est mal à l’aise, ça se sent.

Hydro-Québec décide de m’abandonner et de me vendre à TM4, une entreprise privée, qui s’associera ensuite à différents fabricants automobiles étrangers. Pierre Couture a fini par démissionner et toute son équipe a protesté, mais le mal était fait.

Grâce à moi, le Québec, mondialement reconnu pour son expertise en matière d‘énergie électrique, aurait pu devenir un des leaders mondiaux du transport électrique. Quand on y pense aujourd’hui, alors que l’auto électrique devient une norme de plus en plus répandue…

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