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Sacrés objets

La boîte: "J’ai vu naître la culture québécoise moderne"

ÉCRIT PAR : La boîte
PUBLIÉ LE : 30 octobre 2017

Je suis une salle de spectacles, souvent enfumée et jamais bien grande, mais au Québec, on m’appelle « boîte à chansons ». J’aime bien ce nom. Je le trouve original, poétique. Un peu comme si la chanson québécoise — surtout celle des années 50, à l’époque où je suis née — était une surprise qu’il fallait découvrir.

Quand je suis arrivée, c’était surtout pour « faire différent » des cabarets, dans lesquels se produisaient les artistes les plus renommés du Québec. Je voulais proposer aux jeunes spectateurs québécois autre chose que ces spectacles de variétés qu’on leur servait partout. C’était le début de ce qu’on a appelé la « Révolution tranquille », et il y avait plein de jeunes chanteurs et poètes qui avaient envie de s’exprimer, de crier leur goût d’un monde différent. Aujourd’hui, ils ont Facebook, Twitter et un paquet de plateformes numériques. Mais à l’époque, ils n’avaient que moi.

En entrant chez moi, le spectateur n’avait aucune idée de ce qu’il allait découvrir. Tout ce qu’il savait, c’est que j’allais l’accueillir dans une ambiance chaleureuse et qu’il fallait qu’il reste disponible au spectacle que je lui proposais. Beaucoup de jeunes chanteurs ont été découverts chez moi. Et encore plus ont découvert qu’ils n’étaient pas vraiment faits pour la chanson. Ils n’ont fait qu’un petit tour et ont disparu.

Je suis l’équivalent québécois du Cavern Club à Liverpool. Une toute petite salle remplie de monde et de fumée (rappelez-vous, on est dans les années 50 et 60) dans laquelle de jeunes musiciens testent leur matériel. Au Cavern Club, c’étaient les Beatles. Chez moi, j’ai vu passer entre autres Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Raymond Lévesque et Renée Claude.

Dans l’effervescence de l’époque, on avait vraiment l’impression de refaire le monde. Toute cette jeunesse et cette énergie… C’était incroyable. Le Québec était en train de changer et on était au beau milieu de ce changement.

Au sommet de notre popularité, nous étions des dizaines, comme moi, à travers la province. Il y avait la Butte à Mathieu, Le P’tit Caporal, Le Carcajou, Le Chat Noir, le Café Virgule et tant d’autres. Il y avait aussi Chez Bozo, une salle fondée par sept jeunes chanteurs, dont Clémence Desrochers et Jean-Pierre Ferland. C’est là que Edith Piaf a découvert Claude Léveillée et l’a invité à le suivre à Paris pour lui écrire des chansons.

Je pense qu’on peut le dire sans se tromper. C’est grâce à moi et aux artistes qui ont gravité autour de moi que le Québec a réussi à trouver sa voix vers la fin des années 50 et le début des années 60. Avant moi, on faisait une musique qui se rapprochait de la musique française ou on imitait les standards américains. Après moi, on a commencé à parler de musique québécoise.

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